Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Votre parcours et vos missions actuelles au sein du CNFPT Mayotte ?
Je suis aujourd’hui directrice adjointe chargée de la formation au CNFPT de Mayotte.
J’ai commencé mon parcours professionnel comme conseillère en insertion professionnelle, avant de devenir responsable de secteur à la Mission locale. C’était finalement mon premier vrai pas professionnel vers l’intérêt général, accompagner des jeunes, parfois dans des situations complexes, et essayer de leur ouvrir le champ des possibles.
J’ai ensuite rejoint les services de l’État à Mayotte, où j’ai notamment travaillé sur les politiques d’emploi, d’insertion et d’alternance. Puis, en 2024, j’ai rejoint le CNFPT.
Aujourd’hui, mes missions sont assez larges. Je pilote avec les équipes une grande partie de l’activité formation, j’accompagne les collectivités dans l’identification de leurs besoins, nous construisons des réponses adaptées, développons des partenariats et essayons surtout d’anticiper les compétences dont le territoire aura besoin demain.
Finalement, quand je regarde mon parcours, le fil rouge est assez simple. L’humain et l’accompagnement. J’ai commencé par accompagner des personnes dans leur parcours professionnel. Aujourd’hui, j’accompagne des agents, des équipes et des collectivités dans leurs évolutions.
Et c’est probablement ce qui continue à donner du sens à ce que je fais.
Quelles sont, selon vous, les 3 spécificités RH les plus marquantes des collectivités mahoraises que les DRH métropolitains ne soupçonnent pas toujours ?
La première chose que je leur dirais, c’est qu’à Mayotte, tout va à vitesse grand V !
Le territoire évolue extrêmement vite. Les besoins de la population augmentent, les collectivités se structurent, les compétences doivent suivre et, en même temps, il faut assurer le service public au quotidien. Nous devons parfois construire, professionnaliser, réparer et anticiper… tout en même temps. Et depuis Chido, cette réalité est encore plus forte.
La deuxième spécificité, c’est la question de l’attractivité et surtout de la fidélisation. Faire venir des compétences est une chose, réussir à les garder en est une autre. Cela nous oblige aussi à regarder davantage les talents que nous avons déjà sur le territoire. Je suis convaincue que nous devons investir encore plus dans les agents présents, leur permettre de monter en compétences, d’évoluer et d’occuper demain des fonctions à responsabilité.
Enfin, il y a toute la question des fragilités RH. L’absentéisme, la santé au travail, les difficultés managériales, l’usure professionnelle ou encore les transformations permanentes des organisations ne sont pas que des indicateurs dans un tableau de bord. Derrière les chiffres, il y a des personnes.
Et c’est quelque chose auquel je tiens beaucoup. On peut être exigeant professionnellement tout en restant profondément humain. Les deux ne sont absolument pas incompatibles.
En tant que directrice adjointe du CNFPT Mayotte, quels sont les enjeux RH prioritaires que vous accompagnez actuellement auprès des collectivités du territoire ?
Il y en a beaucoup ! Mais si je devais résumer, je dirais professionnaliser, accompagner et anticiper.
Professionnaliser, parce que les collectivités ont besoin de compétences solides pour répondre à des missions qui deviennent de plus en plus nombreuses et complexes. Cela passe par la formation, bien sûr, mais aussi par la construction de véritables parcours professionnels.
Accompagner, parce que nos organisations sont elles-mêmes traversées par de nombreuses fragilités. Santé au travail, management, absentéisme, conditions de travail, transformations organisationnelles… C’est d’ailleurs tout le sens du travail que nous menons actuellement autour des fragilités RH. En effet les 2,3 et 4 septembre dernier, nous avons d’ailleurs choisi de consacrer notre deuxième colloque RH à ces fragilités, parce qu’elles interrogent directement la capacité de nos organisations à tenir dans la durée.
Et puis anticiper. C’est probablement l’un des enjeux qui me mobilise le plus aujourd’hui. Mayotte est dans une période de reconstruction et de transformation majeure. Il faut évidemment répondre aux urgences, mais si nous ne faisons que cela, nous aurons toujours un temps de retard.
La reconstruction après Chido pose aussi une vraie question RH. Quelles compétences faudra-t-il demain pour reconstruire, adapter le territoire, accompagner les transitions environnementales, prévenir les risques et faire évoluer nos services publics ?
Notre rôle au CNFPT est aussi d’aider les collectivités à regarder un peu plus loin que l’urgence immédiate.
Et j’ajouterais un enjeu qui me tient particulièrement à cœur, faire grandir les compétences du territoire. Mayotte doit pouvoir compter davantage sur ses propres talents. Nous avons des agents qui ont envie d’apprendre, d’évoluer, de prendre des responsabilités. À nous aussi de créer les conditions pour que cela devienne possible.
Pour conclure, si vous deviez transmettre un message aux acteurs RH publics qui liront ce portrait, quel serait-il ?
Je leur dirais peut-être de ne jamais oublier que derrière les sigles, les procédures, les tableaux de bord et les indicateurs, il y a toujours des femmes et des hommes.
On parle beaucoup de transformation du service public, mais aucune transformation ne fonctionne durablement si les personnes qui doivent la porter ne sont pas embarquées, formées, écoutées et reconnues.
En effet, je leur dirais que les ressources humaines ne sont pas une simple fonction support. Elles sont une fonction stratégique, au cœur de toutes les politiques publiques et de la transformation du service public.
Derrière chaque réforme, chaque projet de territoire, chaque nouvelle politique publique, il y a des femmes et des hommes qui doivent la comprendre, se l’approprier et la mettre en œuvre.
Je leur dirais de ne jamais opposer exigence et bienveillance. Nous pouvons attendre beaucoup de nos équipes, fixer un cadre et rechercher la performance du service public, tout en restant attentifs aux personnes, à leurs parcours et à leurs fragilités.
Je crois aussi beaucoup à une RH qui fait grandir. Grandir soi-même, faire grandir les autres, sans avoir besoin d’éteindre qui que ce soit. Cela suppose de faire confiance, de transmettre, d’ouvrir des portes et parfois aussi d’accepter que les personnes que l’on accompagne puissent aller plus loin que nous.
Enfin, j’aurais envie de leur dire de faire confiance à nos territoires et à leurs talents. À Mayotte, nous avons énormément de défis, c’est une réalité. Mais nous avons aussi énormément d’énergie, de compétences et de potentiel.
Et puisque nous parlons d’avenir, je terminerais avec une phrase qui résume assez bien ma façon de voir les choses. « Le futur, c’est le présent en mouvement. »
Ce que nous faisons aujourd’hui, les personnes que nous accompagnons, les compétences dans lesquelles nous choisissons d’investir, c’est déjà une partie du service public que nous aurons demain.


