Dans un article publié cette semaine, Le Monde donne la parole à des salariés et à des agents publics qui racontent des situations parfois difficiles : locaux surchauffés, absence d’aménagement des horaires, équipements inadaptés ou encore refus de mesures pourtant simples.
Comme souvent lors des épisodes caniculaires, le débat porte sur l’urgence.
Faut-il fermer les services ? Faut-il autoriser davantage de télétravail ? Comment aménager les horaires ?
Mais, en tant que professionnels RH, nous devrions peut-être nous poser une autre question :
Notre organisation est-elle réellement préparée à travailler dans un monde où les épisodes de chaleur extrême deviennent la norme plutôt que l’exception ?
1- Une obligation de sécurité qui ne disparaît pas avec la hausse du thermomètre
Dans la fonction publique comme dans le secteur privé, l’employeur est tenu à une obligation de protection de la santé physique et mentale des agents.
Cette obligation n’est pas suspendue parce que la météo devient exceptionnelle.
Au contraire.
Lorsque les risques augmentent, les mesures de prévention doivent être renforcées :
- adaptation des horaires ;
- limitation des tâches les plus pénibles ;
- accès à l’eau ;
- aménagement des locaux ;
- organisation du télétravail lorsque cela est possible ;
- information et sensibilisation des agents ;
- mise à jour de l’évaluation des risques professionnels.
La question n’est donc plus de savoir si l’employeur doit agir.
La question est de savoir s’il agit suffisamment.
2- Derrière la canicule, un risque juridique souvent sous-estimé
Lorsque l’on évoque les fortes chaleurs, beaucoup pensent d’abord à l’inconfort.
Pourtant, les conséquences peuvent être bien plus graves :
- malaises ;
- déshydratation ;
- accidents du travail ;
- aggravation de pathologies existantes ;
- troubles de la vigilance.
Et lorsque les risques sont connus, documentés et prévisibles, l’inaction peut devenir difficile à justifier.
La jurisprudence relative à la faute inexcusable de l’employeur repose précisément sur cette logique : l’employeur avait-il conscience du danger ? A-t-il pris les mesures nécessaires pour protéger ses agents ?
À mesure que les épisodes de chaleur deviennent récurrents, il sera de plus en plus compliqué d’expliquer que le risque n’était pas connu.
Le changement climatique transforme progressivement ce qui relevait hier de l’événement exceptionnel en risque professionnel prévisible.
3- La canicule est aussi un sujet de qualité de vie au travail
Réduire le sujet à une question de conformité réglementaire serait une erreur.
Un agent qui travaille dans un bureau à 33°C n’est pas seulement exposé à un risque sanitaire.
C’est également :
- une baisse de concentration ;
- une fatigue accrue ;
- davantage d’erreurs ;
- une dégradation de la qualité du service rendu ;
- un sentiment d’abandon lorsque les difficultés remontées ne sont pas entendues.
Les organisations qui anticipent ces situations envoient un message simple : “La santé des agents compte autant que la continuité du service.”
Et cela n’est jamais neutre en matière d’engagement et de climat social.
4- Penser au-delà de l'été 2026
Le véritable enjeu est probablement là. Les épisodes caniculaires de juin 2026 ne constituent pas une anomalie passagère. Ils annoncent ce que seront probablement nos conditions de travail dans les prochaines décennies.
Les collectivités, les administrations et les établissements publics vont devoir intégrer durablement cette réalité dans leurs politiques RH :
- conception des bâtiments ;
- rénovation thermique ;
- végétalisation des espaces ;
- organisation du travail ;
- télétravail ;
- gestion des temps ;
- prévention des risques professionnels ;
- continuité du service public.
Autrement dit, la canicule n’est plus seulement un sujet météorologique.
C’est désormais un sujet de management, de santé au travail et de stratégie RH.
Et peut-être l’un des plus importants des prochaines années.

